Le Banquet du Roy
Ensemble de musique ancienne en Val de Loire

1515 / Furia Francese

Musiques au temps de l’avènement de François Ier


Furia Francese

1515 : une des dates parmi les plus connues du grand public, une année charnière dans l’Histoire de France. François Ier accède au trône et remporte la victoire lors de la célèbre bataille de Marignan. Ce monarque emblématique de la Renaissance française est le fil conducteur de notre création, qui porte le nom donné par les italiens aux troupes françaises durant les guerres d’Italie : « Furia Francese ».

Louis XII et Anne de Bretagne laissent un héritage musical très riche à François Ier. En 1515, la Cour de France possède de solides institutions musicales qui vont être renforcées par ce nouveau roi qui y voit un outil politique indispensable pour présenter au monde la grandeur et la puissance de sa cour. Par sa victoire à la bataille de Marignan François Ier va acquérir renommée et gloire dès le début de son règne, et impulser à la cour de France un nouvel élan artistique et intellectuel. C'est cette histoire que le Banquet du Roy veut raconter.

Furia Francese s'articule en quatre parties, qui illustrent l'univers musical de François Ier. Tout d'abord, la cour de Louis XII et d’Anne de Bretagne où François a pu entendre dès son jeune âge les compositeurs les plus appréciés du roi mélomane. Evoquant l'atmosphère des batailles et des musiques cérémonielles sonnées par l'Ecurie, la fanfare Vive le Roy débute le concert. C'est ensuite au compositeur Loyset Compère avec Allons ferons la barbe que nous rendons hommage : auteur de "chansons rustiques" très en vogue à la cour de France en ce début de XVIe siècle, il annonce les chansons parisiennes qui feront fureur sous le règne de François Ier. Antoine de Févin, le musicien favori de Louis XII, n’échappe pas à la règle et compose également dans ce style, avec N’aymés jamais une vilaine que nous révélons pour la première fois aux oreilles de nos contemporains. N'ayant aucune certitude à propos de la musique jouée lors des obsèques de Louis XII, c'est la déploration Nymphes des bois/Requiem Aeternam de Josquin Desprez que nous avons choisie, en raison de sa grande beauté, mais aussi de l'admiration que portait ce roi au grand polyphoniste. Initialement composée en 1497 en hommage au maître de chapelle de la Cour de France Johannes Ockeghem, cette magistrale pièce fut imprimée jusqu’en 1545 !

Vient alors l'évocation de la bataille de Marignan qui marquera le début du règne de François Ier. "La lance au poing, hardis et prompts, Donnez dedans, frappez dedans... Victoire ! Victoire au noble Roy Françoys !" : à travers La Guerre (aussi appelée La Bataille de Marignan), ce sont les rumeurs des mouvements de troupes, les clameurs du combat et le tonnerre de l'artillerie qui sont magistralement mis en musique par Clément Janequin. Pour célébrer cette victoire épique, le motet Exalta Regina Galliae est composé par le maître de chapelle de la Cour, Jean Mouton, qui peut être considéré comme l'un des compositeurs français les plus féconds et les plus respectés de son temps, publié par les imprimeurs de Venise, Rome, Lyon et Paris jusqu'à la fin du XVIe siècle.

Furia Francese

Lors de son passage en Italie, François Ier est impressionné par les fastes des cours princières et par les merveilles artistiques italiennes. Il veut alors exporter cet art de vivre en invitant artistes et architectes à rejoindre sa Cour. Illustrant les chefs-d'oeuvres musicaux du printemps de la Renaissance, nous rendons d'abord hommage à Laurent le Magnifique, grand mécène des arts à Florence. La pièce A la battaglia d'Heinrich Isaac évoque le climat guerrier qui règne au sein de ses riches royaumes. Mais c'est aussi pour la cour française la découverte d'un nouveau style de chanson poético-musicale, la frottole, qui s'éloigne des principes de composition franco-flamands au profit d'un contrepoint plus simple, plus lisible, plus populaire. Zephiro spira de Bartholomeo Tromboncino et Non e tempo Marchetto Cara illustrent ainsi ce style de chanson typiquement italien, imprégné de grâce et d'humanisme. Enfin, le joyeux Alle stamenge donne clôture ce voyage dans la péninsule, faisant goûter l'ambiance exubérante des ruelles des villes durant Carnaval.

Nous retournons enfin à la Cour de François Ier. Grand amateur de poésies et poète lui-même, il encourage par l’instauration de la Chambre du Roy la composition de chansons à 4 voix sur des textes poétiques, connues sous le nom de "chansons parisiennes". Ce genre nouveau, diffusé à travers l'Europe grâce aux privilèges royaux accordés à Pierre Attaingnant, devient à la mode auprès de toutes les cours princières de l'époque et contribue à entretenir la renommée de la cour de France. Evoquant l'emblème du roi de France, Si Salamandre en flamme vit composée par Thomas Crecquillon - au service du grand ennemi Charles Quint - démontre que la chanson française est le genre musical que tout auteur doit savoir maîtriser, au-delà des frontières et des clivages politiques. Ecrit comme une bataille, Or vient ça vient de Clément Janequin nous plonge dans un style radicalement différent, plein de verve et non sans génie, dans l'atmosphère légère de la cour... Enfin, nous terminons notre voyage par la célèbre pièce Tant que vivray en âge florissant de Claudin de Sermisy, sans doute le plus illustre compositeur de chansons parisiennes. Cette chanson d'allégeance à François Ier a joui d'une extrême popularité dès sa publication en 1528, comme en attestent de nombreuses rééditions, jusqu'au XVIIe siècle, ainsi que des transcriptions pour orgue, vilhuela, chant et luth.

Instruments et sources

Furia Francese

Illustrant la richesse des esthétiques musicales du XVIe siècle, les pièces de ce programme sont restituées par différentes configurations instrumentales :

  • L’ensemble de hauts instruments (chalemie, bombardes, tambour...) typiquement italien appelé « Alta Capella » au son noble et puissant. Ces bandes de hautbois étaient les formations musicales de prédilection des cours princières pour accompagner les grands événements tels que les cérémonies, les fêtes, les cortèges, les banquets, les tournois, les bals, etc.
  • L’ensemble de bas instruments (flûtes, viole, guiterne...) accompagné parfois de chant pour interpréter les musiques au caractère plus intime et poétique.

Par ailleurs, nous avons réalisé nos propres recherches sur les manuscrits et imprimés originaux pour élaborer cette création. Compilées dans de nombreux chansonniers et éditions du XVIe siècle, les pièces conservées dans des fonds de bibliothèques du monde entier nous démontrent que cette période fut très propice à la création musicale : Harmonice Musices Odhecaton, O. Petrucci, 1504 (Venise); Chansonnier GB-Cmc MS 1760, autour de 1505 (Londres), Le septième livre contenant 24 chansons à cinq et à six parties, T. Susato, 1545 (Anvers), Les chansons de la guerre, la chasse, le chant des oyseaux, P. Attaingnant, 1536 (Paris), etc.

Voir et entendre

Extraits du concert Furia Francese.
Une version inédite de la célèbre chanson de Clément Janequin "La Guerre".

Distribution

Olivier Gladhofer – violes de gambe, bombarde, douçaine, direction musicale
Anabelle Guibeaud – bombarde, flûte à bec
Adrien Reboisson – chalemie, bombarde, douçaine, flûte à bec.
Yannick Lebossé – chant, guiterne
Emmanuel Vigneron – flûte-tambour, bombarde, douçaine
Maxime Fiorani ou Benoît Lecomte – tambour, timbales, daf, riqq, castagnettes